Barack Obama a sans doute bien fait de prendre le large pendant toute une semaine -fait sans précédent pour un candidat à ce stade de la campagne- pour se rendre dans plusieurs pays-clé et alliés.
Malgré l’air du candidat à qui tout semble réussir, l’aura du candidat démocrate s'est quelque peu ternie ces dernières semaines à la faveur d’une série de déclarations qui sont apparues, à tort ou à raison, comme autant de revirements pour ses plus fervents partisans.
Ceux-ci n’ont pas manqué de le faire savoir sur le net, notamment à l’occasion d’une spectaculaire campagne en ligne contre la loi ‘FISA’ portant sur la surveillance des communications téléphoniques et électroniques. Malgré l’extraordinaire mobilisation des ‘netroots’, ces militants électroniques qui ont tant fait pour propulser Obama vers la nomination, le candidat a finalement voté en faveur d’une version amendée de la proposition de loi.
Barack Obama n’a sans doute pas fait le mauvais choix d’un point de vue stratégique et tactique. Voter contre aurait été un aveu de faiblesse sur les questions de sécurité nationale, alors qu’il accuse sur ce point un retard significatif par rapport à son rival républicain. Mais ce faisant, il est apparu différent de l’image idéale qui s’était formée dans l’esprit de ses partisans : le héraut du Changement est redevenu un politicien comme tant d’autres.
Mais à la différence de beaucoup d’autres, il n’a pas tenté d’esquiver les critiques et la déception de ses supporters. Ceux-ci n’ont pas manqué de retourner contre leur candidat les mêmes armes qu’il leur avait fourni pour soutenir sa campagne. La fameuse plateforme MyBarackObama.com, véritable coeur du réacteur de son impressionnante machine électorale sur le web, a ainsi vu se former en son sein un groupe de supporters interpelant leur candidat et critiquant ouvertement ses positions sur ce projet législatif.
Alors que le réseau social avait jusque là fonctionné à l’unisson, la mutinerie a gonflé jusqu'à former le principal groupe, par sa taille, de la plateforme avec plus de 20 000 membres. Refusant d’être de simples « bloguillots », bons à recruter, quêter, et voter, la communauté, ou une partie d’entre elle du moins, entendait aussi être écoutée.
Quoi de plus naturel sur internet dira-t-on, mais quoi de plus exceptionnel cependant dans une campagne électorale, de la part de la base des militants, de manière aussi visible et avant même la nomination officielle.
Le revers de la médaille 2.0 ont pu dire les cyniques : mener campagne impose d’instaurer une discipline toute militaire (« command and control ») et de garder à tout moment le contrôle des troupes et du message. Le web 2.0 impose l’inverse : la bride est plus lâche, et la dynamique recherchée est souvent inversement proportionnelle au contrôle exercé. L’ironie de la situation était irrésistible pour beaucoup : le candidat porté par le net en deviendrait-il l’otage ?
lire la suite
Tags :