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Programmes TIC : Question de Jean Damien PO (lien entre recherche publique et économie)

Jean Damien PO (http://www.debat2007.fr)

L’essor de l’économie numérique est entravé, en France, par l’insuffisance des liens entre la recherche publique de pointe, parfois très performante, et les acteurs économiques. Quelles actions préconisez-vous pour remédier à cette faiblesse ?

Réponse de Maurice RONAI

Nous sommes à l'aube de profondes mutations de l’internet avec le Web 2.0, l’internet mobile ou encore les nouvelles générations de services de géolocalisation. A l’horizon se profile, par exemple, un « Internet des objets ».

Ces transformations s’accompagneront de nouvelles vagues d'applications et de nouveaux services d'intermédiation de ces échanges.

La France et l'Europe ne peuvent pas se permettre de manquer les prochains rendez vous technologiques.

Le Pacte Présidentiel prévoit d’investir massivement dans l’innovation et la recherche : augmenter pendant le quinquennat du budget de la recherche et des crédits publics pour l’innovation de 10% par an (le budget public de recherche-développement a diminué de 1 à 0,8% du PIB entre 2002 et 2005). Sur les 65 milliards d'aides aux entreprises, seuls 5 % sont orientés vers la recherche-développement : cette part sera portée à 15%.

Ségolène Royal s’est exprimée à de nombreuses reprises sur la réconciliation de la recherche publique avec l’entreprise.

« La recherche française, tout le monde en convient, souffre de l’empilement et de la démultiplication des structures: 21 organismes, 85 universités, 250 écoles professionnelles… Je voudrais donc simplifier notre système de recherche, lui donner plus de cohérence et de réactivité. (…) L’innovation se nourrit de l’enseignement supérieur et la recherche. Plus l’entreprise, et notamment les PME, collaboreront étroitement avec les laboratoires publics, meilleure sera leur compétitivité. Notre politique visera à irriguer les secteurs traditionnels pour les moderniser, à favoriser la création de centres de recherche dans les grands groupes, à inciter les entreprises à employer des docteurs, à inciter les secteurs qui ne réalisent qu’un trop faible effort d’investissement en recherche." (Strasbourg, le 23 février 2007)

Elle propose de « faciliter les coopérations entre laboratoires publics et secteur privé car il en va de la vitalité industrielle de la France, de la capacité d’innovation et de la compétitivité de nos entreprises, des technologies et des emplois de demain. La recherche publique doit en même temps garder sa capacité d’expertise à l’abri des intérêts particuliers, comme le montrent les graves problèmes déontologiques surgis à ce propos aux Etats-Unis. » (Tribune dans « La Recherche », le 18 janvier 2007)

Le Rapport République 2.0 que Michel Rocard a remis à Ségoléne Royal comporte un chapitre consacré a la politique d'innovation dans le domaine des technlogies numériques.

" L'une des grandes faiblesses des politiques française et européenne en matière d'investissement dans les technologies numériques (Eureka, Programme-cadre) a été l'incapacité à formuler des options stratégiques, incapacité se traduisant par des actions réactives à des demandes de soutien à court terme de stratégies de grands groupes industriels, sans véritable évaluation, sans cohérence et parfois à contretemps.

L'État doit apprendre à jouer un rôle d'animateur stratégique, ce qui suppose une compréhension des enjeux, des technologies et des usages émergents. Il devra pour cela s'appuyer sur des agences étroitement impliquées dans les activités européennes, comme cela a été mis en place dans d'autres pays européens comme l'Espagne."

Le Rapport Rocard recommande de :

  • Favoriser le travail en réseau des instruments de la politique d’innovation (Agence de l’Innovation Industrielle, Agence Nationale de la Recherche, OSEO, Pôle de compétitivité) et favoriser la mise en place de guichets uniques pour les porteurs de projets.
  • Soumettre à nos partenaires européens la perspective d’un programme de recherche et de développement, allant des outils logiciels de conception électronique à la réalisation de composants stratégiques.
  • Réunir l’ensemble des acteurs du logiciel pour identifier des priorités communes (recherche fondamentale, industriels et grands utilisateurs ; éditeurs ; communautés du logiciel libre, pôles de compétitivité dédiés au logiciel). Faire converger les leviers dont disposent les pouvoirs publics dans le domaine du logiciel.

Réponse de Ségolène Royal au questionnaire de Sauvons La Recherche http://www.desirsdavenir.org/index.php?c=sinformer_discours&id=1625

Tribune de Ségolène Royal dans "La Recherche"
http://www.segoleneroyal2007.net/article-5303797.html

Discours de Ségolène Royal à Strasbourg, le 23 février 2007 http://www.desirsdavenir.org/index.php?c=sinformer_discours&id=987

Ce que Ségolène Royal a dit sur La recherche et l'innovation http://www.desirsdavenir.org/index.php?c=sinformer_cequejaidit&id=204

Michel Rocard: "République 2.0 : Vers une société de la connaissance ouverte"
http://temps-reels.net/article1717.html

Réponse de Eric WALTER

Cette question dépasse le seul cadre de l’économie numérique même si celle-ci est en effet particulièrement pénalisée par le constat énoncé. Nicolas Sarkozy s’est engagé à faire de l’enseignement supérieur et de la recherche une priorité absolue, en particulier en augmentant le budget de l’enseignement supérieur de 50 % en cinq ans et l’effort de recherche de 40 % en l’orientant sur quatre ou cinq priorités au nombre desquelles l’Internet et le numérique.

La France s’est longtemps caractérisée par une absence de synergie entre les acteurs publics et le tissu industriel des hautes technologies. Les points forts de la recherche universitaire française sont insuffisamment mis en valeur dans les entreprises. La reconnaissance internationale dont jouissent par exemple les mathématiciens français, attestée par les cinq médailles Fields obtenues ces 25 dernières années, n’a pas connu de traduction en matière d’innovation majeure dans le domaine des logiciels. Or nous devons plus que jamais être en mesure de créer les conditions nécessaires à l’émergence d’acteurs majeurs du secteur des technologies et des services de l’Internet tant en France, qu’en Europe.

De manière générale, les travaux de la recherche universitaire sont rarement valorisés. Ils ne sont ainsi à l’origine que de 7 % des brevets déposés en France. En outre, peu de chercheurs créent leur entreprise : au CNRS, seule une petite dizaine sur 12 000 franchit le pas chaque année. Au final, les découvertes scientifiques françaises ne donnent que trop rarement lieu à des innovations commercialisables ou à des créations d’entreprises high-tech.

À l’inverse, les entreprises françaises semblent peu intéressées par les jeunes doctorants, alors qu’ailleurs, ce type de cursus est très recherché par les employeurs. Un an après leur thèse, seulement 18 % des chercheurs intègrent ainsi le monde de l’entreprise.

Dans la plupart des pays industrialisés, les universités sont au cœur de l’économie de l’innovation. Les contrats privés représentent ainsi entre 30 et 40 % des ressources des instituts publics de recherche américains ou allemands, contre 6,7 % pour les laboratoires publics français.

La création d’un statut d’autonomie pour les universités volontaires leur permettra de diversifier leurs ressources ainsi que, en particulier, de passer des contrats de partenariat avec d’autres établissements ou avec des acteurs de la vie économique locale. La création d’incubateurs d’entreprises dans les universités sera favorisée, et les universités seront alors considérées comme des zones franches.

Il faut également renforcer la création d’activité économique autour des établissements. C’est le principe des pôles de compétitivité, rassemblant autour de l’université, sur un même territoire, des établissements de formation, des laboratoires publics de recherche et des entreprises qui développent entre eux de fortes synergies. Ils sont une avancée majeure pour notre pays qui doit se poursuivre et se développer, en tirant parti des premières expériences pour améliorer le dispositif et en l’ouvrant davantage aux PME.

Ils permettent en effet de renforcer les capacités de R&D présentes sur le territoire français, d’attirer des investissements étrangers et de créer des emplois à haute valeur ajoutée. Les entreprises de pointe décident en effet de leur emplacement et de leurs investissements en R&D au moins autant en fonction du vivier de talents disponibles et de la culture locale de l’innovation que du coût salarial des chercheurs ou de la politique fiscale. Le succès du pôle de Grenoble a ainsi été déterminant dans l’installation de l’entreprise américaine Motorola en 2002.

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