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Sondage IFOP sur les internautes et la net-campagne présidentielle

Voilà un sondage qui devrait rassurer Nicolas Sarkozy. Son intervention à la conférence du Web3 cette semaine a été accueillie pour le moins fraîchement –c’est un euphémisme- par les nombreux blogueurs présents. Qu’à cela ne tienne, le 5è pouvoir n’en a pas (encore) tant que ça, comme semble l’indiquer ce sondage de l’IFOP.

Cette étude de l’observatoire de la netcampagne de l’IFOP, portant sur un échantillon national représentatif de la population internet française de 18 ans et plus, met le doigt sur le grand quiproquo de cette net-campagne : la sur-estimation systématique du poids des blogs et la sous-estimation du média web au sens large.

Le constat est sans appel : 90% des internautes ne visitent jamais de blog politique et le score monte à 93% pour les internautes sans préférence partisane (confirmant le fait que les blogs sont certainement le support le plus inadapté qui soit pour la chasse aux électeurs indécis). Reste donc 10% des internautes français, soit entre 2 et 3 millions de lecteurs réguliers ou occasionnels des blogs politiques(1).

L’IFOP aboutit in fine à un portrait robot qui n’étonnera probablement pas les habitués de République des blogs : « la probabilité de naviguer sur des blogs politiques apparaît d’autant plus élevée que l’internaute est un homme, réside en Ile-de-France, exprime une préférence partisane pour une formation politique de gauche, et qu’il est intéressé et satisfait du déroulement de la campagne présidentielle ».

La netpolitique ne se résume cependant pas aux seuls blogs, et le web au sens large confirme dans cette étude son statut de média de masse. Le sondage souligne ainsi que 40% des internautes utilisent internet pour rechercher régulièrement des informations sur l’actualité politique (soit environ 10 à 11 millions d’individus) dont la moitié font confiance au web comme principale source d’information sur l’élection présidentielle, derrière la radio et loin devant la presse régionale (comme quoi, le choix de la PQR pour annoncer sa candidature n’était décidemment pas la meilleure option).

Enfin, chiffre qui ravira la presse écrite (dès qu’elle aura trouvé le business model qui va avec) : les sites de presse sont très largement en tête des sources en ligne préférées des internautes en quête d’information sur l’actualité politique (pour 63% des répondants).

Dernier coup de patte à l’encontre des blogs faiseurs de roi : le visionnage de vidéos politiques est préféré à la consultation des blogs politique (12% contre 10%), et se révèle particulièrement apprécié des internautes agés de 50 à 64 ans, électorat courtisé s'il en est, soit deux fois plus que pour les moins de 35 ans.

Ce sondage a donc le mérite de remettre un certain nombre de choses à leur place. Il apparaît cependant limité, sans doute parce qu’il est encore tôt dans la net-campagne, en ce qui concerne l’évaluation de trois phénomènes qui seront absolument déterminants dans les mois qui viennent :

- L’influence des blogs sur l’agenda médiatique –et donc politique- est disproportionnée par rapport à leur audience réelle. L’effet loupe introduit par les journalistes avides lecteurs de blogs politiques est en réalité un effet loupe à double foyer : les internautes plébiscitent les sites de presse écrite pour s’informer, or les sites de presse écrite relaient de plus en plus (citations régulières, voire syndication quotidienne) les contenus des blogs politiques, sans compter la mise en exergue des blogs tenues par les rédactions elles-mêmes. Plus les internautes consultent les sites de presse en ligne, plus ils ont de chance de tomber sur des blogs.

- Les blogs militants et les plateformes de blogs politiques mises en place par les partis (et remises en question dans le sondage) n’ont pas vocation à être des mini-médias d’information sur l’actualité politique, sur le même terrain que les grands médias. A la différence des médias traditionnels, ils auront vocation à retraiter l’information en fonction des objectifs militants et à organiser la mobilisation de leurs communautés. Leur objectif n’est donc pas l’information, mais la formation de l’opinion.

- Les blogs qui auront le plus d'influence sur l'opinion publique, s'il y en a, seront moins les blogs politiques que les milliers de blogs personnels qui traitent de tout et de rien, et ne sont guère consultés au-delà de leur entourage (famille, amis, collègues) immédiat. Ce travail de contagion de l'opinion est un travail de fourmi qui a toujours existé, au café du coin, à la table familiale, au bureau, et qui se prolonge aujourd'hui sur les espaces d'expression personnelle partagés. Ce n'est en quelque sorte que l'adaptation dématérialisée du bon vieux two-step flow très bien décrit ici par Thierry Vedel : les informations envoyées par les mass médias sont à leur tour médiatisées par le filtre de leurs relations sociales.

Grâce au web, aux blogs, aux logiciels de social networking (Viaduc, meetic, Xing, etc), ces réseaux sociaux ne connaissent aujourd'hui plus de limites de temps ou d'espace. Ils se regroupent et se recoupent en fonction de leurs affinités électives, pas nécessairement de leurs affinités électorales.

Le two-step flow illustré :

(1) question méthodologique aux sondeurs : rien ne ressemble plus à un site web traditionnel qu’un blog. Comment être sûr de la distinction opérée par les répondants ?.

Trackbacks

1. Le samedi 16 décembre 2006 à 19:05, de Palpitt - Metablog

L?influence des blogs sur l?agenda médiatique

A propos d'un sondage IFOP (une "enquête sur les pratiques politiques des internautes français") publié ce jeudi, Netpolitique parle du "grand quiproquo de cette net-campagne : la sur-estimation systématique du poids des blogs et la sous-estimation...

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Commentaires

1. Le vendredi 15 décembre 2006 à 12:28, par koz :: email :: site

Bien vu, NetPo. Notamment lorsque vous écrivez : "Les blogs qui auront le plus d'influence sur l'opinion publique, s'il y en a, seront moins les blogs politiques que les milliers de blogs personnels qui traitent de tout et de rien, et ne sont guère consultés au-delà de leur entourage (famille, amis, collègues) immédiat".

J'ai créé le mien en réaction au référendum de 2005... en pensant notamment qu'il était plus efficace d'en passer par là que de vouloir militer dans un parti, et pour être une voix parmi tant d'autres. Paradoxalement, je ne suis pas certain que gagner en visibilité soit un atout, dans la mesure où, sauf à travailler un ton délibérément décalé par rapport à ce que l'on est, on finit par être assimilé à une sorte de "canal officiel". En termes politiques, cette histoire de barons des blogs m'insupporte particulièrement. Les blogs, ce devrait être aussi une occasion d'entrer en contact entre citoyens, pas de reconstituer une pseudo-élite qui sera rejetée comme l'élite politico-journalistique.

Certains blogs, et blogueurs, parmi les plus visibles, ne rêvent-ils pas - ce qui n'est pas si illégitime - d'être un média, un éditorialiste, un politique lui-même, finalement en contradiction avec l'esprit du blog, et la situation politique actuelle. Bref, à être influent auprès du microcosme qui décerne les brevets d'influence... mais pas auprès des citoyens.

2. Le vendredi 15 décembre 2006 à 15:45, par Jelavaisdit :: site

Je suis d'accord avec cette étude. Regardons ce qui s'est passé avec Ségo pour les primaires socialistes. Ce n'est pas tant la puissance des blogs pro ségo qui a fait basculé les militants, mais la bonne vieille trinité médiatique, TF1, Europe 1, Le monde...

Un point de vue alernatif sur les présidentielles
www.jelavaisdit.com
le pronostic des communicants sur la présidentielle

3. Le samedi 16 décembre 2006 à 16:22, par Sittingbull :: email :: site

Vous oubliez une chose capitale: une présidentielle se joue sur un déplacement de 250 à 500.000 voix au centre. Un blog bien suivi et ayant la confiance des ses lecteurs peut donc faire un président.

4. Le samedi 16 décembre 2006 à 21:50, par Netpo

Sittingbull: vous en connaissez beaucoup des blogs avec un lectorat de 250 à 350 000 voix ? Même Loïc Le Meur n'atteint pas ce niveau.
Par ailleurs, au delà de la question quantitative, il y a le problème de l'influence sur les intentions de vote. Comme le montre le sondage, et toutes les autres études sur le sujet, les blogueurs politiques et leurs lecteurs ont généralement des opinions politiques personnelles bien ancrées. Et ils n'hésitent pas à l'exprimer sur les blogs justement. Bref, un lectorat très morcellé, et un électorat qui compte proportionnellement peu d'indécis

5. Le mercredi 27 décembre 2006 à 01:12, par Toreador :: email :: site

J'ai moi-même commis ma petite étude complémentaire sur la légitimité des blogs, modestement, à mon petit niveau ;-) : www.toreador.fr (Ali Sarkozy et les 900 bloggeurs)

Toreador

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