Les sales coups se multiplient dans la campagne américaine des midterms. Dernier coup en date, une tentative coordonnée de Google Bombing par un groupe activiste démocrate. Le mot d’ordre a été lancé par MyDD.com et relayé sur des sites influents comme DailyKos. L’idée est simple et connaît quelques précédents, y compris en France : le google bombing vise à peser sur les algorithmes du moteur de recherche Google pour faire ressortir des résultats « pipés ». En France, un tel Google Bombing avait contribué à faire émerger la biographie officielle de Nicolas Sarkozy pour toute recherche sur le mot "Iznogoud". A l’inverse, une initiative similaire fait ressortir parmi les premiers résultats de Google le site « j’aime pas les riches » pour toute recherche sur François Hollande.
Cette campagne va néanmoins encore plus loin, en associant à la technique du Google bombing l’achat de mots-clés sponsorisés, pour associer systématiquement à tel ou tel opposant politique des articles de presse particulièrement négatifs ou embarrassants. Une astuce machiavélique qui sous-entend que les articles de presse négatifs peuvent être bien plus dommageables qu’un simple blog.
L’utilisation des Google Adwords d’une part, et du Google bombing d’autre part avait déjà fait couler beaucoup d’encre durant la pré-campagne française. Personne n’avait encore songé à coupler les deux. L’un des effets secondaires de la constitution de réseaux militants en ligne, de part et d’autre, pourrait être la multiplication de ce genre de tactiques « coups de poing » de guérilla électronique.
Mise à jour : Rémi, auteur du blog Palpitt, et d'un mémoire de recherche universitaire sur l'utilisation militante du Google bombing nous fait part de son analyse éclairée sur cette campagne :
- Que penses-tu de cette stratégie des démocrates du point de vue technique ? Est-ce une stratégie banale, ou est-elle plus sophistiquée qu’un google bombing classique ?
D'un point de vue technique, ce Google bombing se rapproche des pratiques d'optimisation de type SEO (Search Engine Optimization). Nombreux sont les internautes qui utilisent cette technique pour promouvoir leurs propres sites ou pour leurs faire gagner quelques places dans les résultats de Google.
Mais ici la stratégie est inversée et plus agressive. "Au lieu d'optimiser votre propre réseau, il est encore plus efficace de mettre en valeur les informations qui décrédibilisent vos adversaires". C'est sur ce principe que se base ce Bombardement Google lancé par Chris Bowers (blogueur chez Mydd.com et Dailykos.com). )
Cette attaque parait-être plus sophistiquée. En fait il s'agit, pour poursuivre la métaphore, d'une "pluie de bombardements" : 50 articles désavantageux ont été sélectionnés par les internautes et les initiateurs pour cibler 50 candidats Républicains (voir un exemple ici ). D'autre part, l'initiateur bénéficie du soutien d'un réseau très important et l'attaque a été diffusée par des sites influents : lancée sur Mydd.com (classé 117ème par technorati) et sur DailyKos (classé 7ème avec plus de 100000 liens entrants http://www.technorati.com/pop/blogs/), l'initiative a été rapidement reprise par d'autres sites comme the HuffingtonPost, MoveOn.org ou encore Rawstory. Il faut savoir qu'une action de Google bombing est plus d’une question de poids que de quantité, un nombre très limité de liens sont nécessaires à l’"explosion" d’une bombe Google à partir du moment où les sites qui les mettent en place bénéficient d'un poids et donc d’un pouvoir suffisant (notamment un fort PageRank).
En fait, ici la seule difficulté vient du fait que les personnalités ciblées sont déjà des personnes dont on parle sur la Toile, c'est à dire qu'elles sont logiquement bien référencées (sites officiels, pages Wikipédia etc.)
A noter que c'est aussi la première fois qu'une campagne Google Adwords vient renforcer l'action en sponsorisant les articles dévalorisants. Une action prise en charge par un comité d'action politique en ligne.
- Est-ce efficace selon toi ?
En général, on peut facilement voir une page de résultats Google comme la représentation de la réputation en ligne d'une personnalité, c'est en fait un recueil de liens pointant généralement vers ses principaux "avatars virtuels" : son site officiel, son blog, sa page Wikipédia, les articles (ou billets) le concernant les plus populaires...
le Google bombing modifie la hiérarchisation de ces informations et influence donc la vision que peuvent en avoir les utilisateurs Google. Dans les usages, le bombardement Google tend à devenir une arme dans un combat symbolique visant à décrédibiliser une personnalité et donc nécessairement un nouvel outil de contestation politique.
Si traditionnellement, la portée d'un bombardement Google est symbolique, un symbolisme qui réside dans l’acte de bombardement lui-même et dans le "buzz" qu’il génère plus que dans l’hypothétique influence sur un utilisateur de Google qui tomberait par hasard sur un premier résultat de recherche incongru. Ici, le scénario est légèrement différent : la fait que cette action colle avec l'actualité et les élections sénatoriales de début novembre augmente les probabilités que les internautes "googlent" les candidats pris pour cible. Selon Chris Bowers, "Au cours des deux semaines qui précéderont l'élection, on peut raisonnablement penser qu'ils seront une vingtaine de millions à le faire".
Lorsqu'on observait les résultats obtenus le 28 octobre (l'action a été lancée le 22), aucun des articles bombardés n'avait pu atteindre la première place. Selon le compte-rendu d'aujourd'hui, 40 des articles bombardés ont atteint le top 10 des résultats pour une recherche sur les candidats concernés.
En ce qui concerne la campagne Adwords lancée conjointement, on peut penser qu'elle sera facilement contrée si les Républicains décident de cliquer en masse sur les annonces Google.
- Verrons-nous la même chose en France dans les mois qui viennent à ton avis ?
Difficile à dire. Aux Etats Unis, la pratique s'est démocratisée et la liste des "bombes" se rallonge de jours en jours. On peut dire que la campagne de discrédit s'inscrit dans une certaine tradition militante. En France, Les actions de Google Bombing politiques ont été plus largement contestées. La dernière en date (http://jaimepaslesriches.typepad.fr/) n'a pas été un franc succès : trop marginale, le groupe de mot "parti socialiste" trop bien référencé, l'initiative peu ou pas soutenue. Il n'existe pas encore en France de comités de cyber-action politique tel qu'aux Etats Unis. Le militantisme en ligne n'est encore souvent que le reflet d'actions plus traditionnelles menées "dans le réel". De manière symptomatique, on invite les blogueurs à des dîners pour débattre mais on crée plus rarement de vrais débats en ligne. Hubert Guillaud y consacrait d'ailleurs un article.
Selon moi, les blogosphères politiques n'ont pas encore la "maturité" nécessaire pour agir en ligne mais elles en ont déjà la capacité technique. Je le répète, en ce qui concerne le Google bombing, la qualité prime sur la quantité. L'initiateur doit être au coeur d'un réseau important (Loïc Le Meur, par exemple et puisqu'il a récemment avoué son obédience politique, pourrait à mon sens très facilement réussir une action de ce type) et certains réseaux ont la capacité de rapidement propulser n'importe quelle page en tête des résultats. On ne sait pas encore ce que nous réservent ces élections, et nul doute que l'effervescence grandissante autour de ces dernières sur Internet va amener son lot de surprises.
En ce qui concerne l'utilisation des publicités via Google, on peut lire chez Versac qu'une des principales recommandations du Forum des Droits sur l'Internet est "de ne pas utiliser la publicité sur internet à des fins électorales à partir de janvier 2007", tout porte à croire que cela concerne aussi l'utilisation par les partis du système Adwords de Google.
(NDLR : le FDI recommande effectivement la suspension des Google Adwords à cette date : "le Forum des droits sur l'internet recommande aux candidats, aux partis et à leurs soutiens de s’abstenir de tout recours à des procédés de publicité commerciale (bannières, liens sponsorisés, référencement) à des fins de propagande à compter du 1er janvier 2007 pour les élections présidentielles.")
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